Risques psychosociaux et santé au travail : symptômes et signaux d’alerte

Le stress et les risques psychosociaux (RPS) en milieu professionnel apparaissent comme des sujets plus en plus préoccupants. Quels signaux et quelles situations doivent alerter ? Comment, surtout, mieux prévenir et anticiper ces risques coûteux en termes humains et économiques ?

Risques psychosociaux et santé au travail : symptômes et signaux d’alerte

Au travail, il y a des situations où chacun fait face avec plus ou moins de facilité. Le phénomène n'épargne aucun secteur d'activité, aucune catégorie de personnel et révèle souvent ce qu'on appelle les troubles psychosociaux.

 

"J’ai mal au travail", ça commence comment ?

Les formes que prennent les symptômes sont multiples : physique, comportemental, psychique...

Un salarié qui craque, qui se met en retrait, devient agressif, se plaint de douleurs... autant de signaux d'alerte à prendre en compte. Davantage que les personnes, c’est surtout "le travail qu’il faut soigner", "c’est le travail qu’il faut soigner", comme le souligne Yves Clot, professeur de Psychologie du travail au CNAM et chercheur de référence sur le monde professionnel. L’enjeu ? Aider les salariés à pouvoir faire un travail de qualité, dans lequel ils se reconnaissent.

Le stress, principale manifestation des RPS

L'Agence Européenne pour la Sécurité et la Santé au Travail définit très clairement le mécanisme du stress : "Un état de stress survient lorsqu'il y a déséquilibre entre la perception qu'une personne a des contraintes qui lui impose son environnement et la perception qu'elle a de ses propres ressources pour y faire face".

Le stress est avant tout une perception individuelle. Souvent lié aux conditions de travail et à ses exigences, il peut se renforcer en se combinant avec d'autres facteurs :

  • des facteurs internes : moyens insuffisants, manque d’entraide, procédures trop éloignées de la réalité, ... ; changement mal vécu ; manque d'autonomie professionnelle ou de reconnaissance ; violences morales ou sexuelles ; harcèlement moral ou sexuel...
  • des facteurs externes : mal-être lié à un événement ou une situation personnelle comme un contexte de divorce, une situation familiale difficile, une précarité financière ou un surendettement, une fatigue excessive, une addiction....

RPS, absentéisme et présentéisme

Un absentéisme anormalement élevé d'un ou plusieurs salariés, compte parmi les principaux révélateurs de risques psychosociaux. Être à l'écoute et favoriser le dialogue, réfléchir aux causes possibles permet déjà d'anticiper une crise et d'entrer dans la logique de résolution d'une situation de mal-être.

Paradoxalement, le présentéisme peut aussi constituer un signal négatif. Il se traduit par une présence excessive au travail, un surinvestissement professionnel inhabituel. Crainte pour un salarié de perdre son emploi ? Pression de l'environnement hiérarchique ? Moyen de "garder le pouvoir" ?

La valeur du travail ne dépend cependant pas du nombre d’heures qu’on y passe : un collaborateur épuisé par des horaires importants peut se démotiver. Il met surtout en danger sa santé. 

La meilleure prévention ? Le "travail bien fait" !

Les RPS ont un coût social important : mise en péril de la santé, journées de travail perdues, dysfonctionnements, perte d'exploitation... Fermer les yeux sur les risques, ne pas se donner les moyens de savoir et d'agir, peut aussi finir par être caractérisé comme une faute inexcusable pouvant donner lieu à réparations coûteuses elles aussi.

Pour Yves Clot, il n'y a pas de "bien-être" sans "bien faire".


Pour conclure, quelques points clés pour "bien faire" la prévention :

  • Prévenir les risques à la source (prévention primaire) : agir sur ce qui génère les risques c’est-à-dire sur les facteurs de risque. Ils se trouvent pour l’essentiel du côté des conditions de travail et de son organisation. Plus simplement, il s’agit de donner aux salariés les moyens et le cadre nécessaires pour pouvoir réaliser un travail dans lequel ils se reconnaissent, un travail "bien fait" (facteur majeur de santé et d’engagement).
  • Dépister les risques et renforcer la capacité des salariés à faire face aux risques (prévention secondaire) : formation à la gestion du stress et des émotions, coaching, etc. Ce niveau de prévention est souvent plus rapide à mettre en place, mais il n’est efficace qu’à court terme : ici on agit au niveau des salariés et non sur ce qui les stresse.
  • Être en mesure de réparer les conséquences d'une situation dégradée (prévention tertiaire) : aide aux victimes, coaching favorisant le retour à des conditions "normales" de travail, aménagement des postes de travail, reclassement....

 

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